BPC.pngAu départ, j’ai cru à un canular, alors j’ai commencé à cherche plus en avant, et j’ai confirmé ce que j’avais lu sur un ou deux sites spécialisés. C’était bien avant que les blogs plus institutionnels n’en parlent. Justement comme personne n’évoquait le sujet, je me suis dit que c’était peut être une rumeur, comme il en circule parfois. Ajouter à cela les déclarations donquichottesque des militaires russes (ils nous expliquent qu’ils vont monter une flotte autour de 5 ou 6 porte-avions), je n’avais pas vraiment pris l’info au sérieux. Cependant il semble que la volonté russe soit réelle, tout autant que l’ouverture française. De quoi s’agit-il. La marine russe souhaite acheter un Navire de la classe des BPC Mistral Français. Un construit, plus 3 ou 4 en licences chez eux avec le transfert technologique qui va avec. Plusieurs remarques :

  1. C’est une première que les russes achètent leurs armements à l’étranger, ce qui en dit long dans la confiance qu’ils ont dans leur propre industrie de construction navale. Un officiel russe affirmant que le projet, s’il devait être russe prendrait au moins 10 ans avant d’aboutir, s’il aboutit
  2. Décidément la guerre froide est bien morte, même si les russes ne sont quand même pas adressés aux américains
  3. De notre coté aussi, la réponse de base n’a pas été non, ce qui en dit long sur les changements de mentalité mais aussi sur notre besoin de contrat export

Ce sujet porte en lui de nombreuses questions. Certes la partie française a clairement fait savoir que l’accord commercial était lié à un accord politique. Je me demande d’ailleurs, dans quelle mesure notre allié américain va être consulté ?, Cependant, cet accord politique, s’il intervient, nécessitera quelques éclaircissements

  1. Quel type de transfert de technologie. On nous explique que la construction d’un BPC repose sur des technologies civiles, certes, mais dual tout de même puisque c’est un bâtiment militaire. Pas si simple à construire que cela, puisque les russes ne peuvent le faire seul. Il n’y pas d’ailleurs que la construction du bateau, le BPC est aussi un PS d’état-major avec réseau et transmission, cela fait-il partie de la demande, il est probable que oui. Si la seul capacité de transport était demandé, ils pourraient commander un navire de type RO-RO dans n’importe quel chantier naval du monde
  2. Qui fera l’intégration des systèmes de combat, armements et communications russes. Nos industriels, notamment Thales ont des compétences pour avoir travaillé dans le passé avec l’industrie aéronautique russe, mais je suppose que ces derniers vont veiller à ce que cette coopération ne nous en apprenne pas trop sur leurs systèmes.
  3. Comment gérer le fait de fournir un armement à un pays qui pourrait bien se retrouver en conflit avec nous, même de manière indirecte. La mention par la partie russe du besoin d’un BPC lors du dernier conflit en Géorgie est pour le moins embarrassant, même si elle a le mérite d’être claire. Que faire si on se retrouve en face de notre propre construction ? Certes on en connaitra les vulnérabilités, mais il se pourrait aussi que l’on doive les indiquer à nos alliés (américains par exemple) si c’était eux et pas nous en face. Et comment gérer diplomatiquement la morts de soldats alliés par un armement « made in France »
  4. Comment s’assurer que les russes ne vont pas proposer une copie « dumpé » du navire une fois qu’ils en auront la technologie, avec la possibilité qu’il se retrouve entre les mains des chinois par exemple. On sait que les russes ne font pas grand cas de la propriété intellectuelle, alors …. On s’est d’ailleurs déjà fait avoir par les espagnols sur les sous-marins. C’était déjà DCNS…
  5. Comment vont-ils payer ? avec la crise et la baisse du prix du baril, les finances ne sont pas aussi bonnes qu’avant.

Peut-être que je me pose plus de questions que sur la vente de Rafale à la Libye, qui fut notre ennemie (et qui l’est peut-être encore, sinon pourquoi la mission Epervier existe encore ?), qui est une dictature avec un mégalo à sa tête. Peut-être est-ce juste des relents de guerre froide, que le monde a définitivement changé. Peut-être que cette demande russe est aussi un moyen pour eux de s’insérer un peu plus dans le cadre des nations. C’est sans doute aussi une partie de billard à plusieurs bandes, pour nous éloigner de notre allié atlantique et nous faire se rapprocher d’eux, ne nous leurrons pas.

Beaucoup de questions donc. Nous verrons bien comment progresse ce dossier, mais je suis assez curieux de voir la tournure qu’il prendra.