thaad.pngCela devait finir par arriver. Tant d’un point de vue budgétaire, politique et diplomatique, il y avait de gros risque que l’installation d’une défense anti-missile américaine en Europe centrale tombe à l’eau.

Budgétaire en premier lieu, car le programme anti-missile américain coûte très cher, pour des résultats assez contestable (voir les déboires du THAAD ). En période de disette budgétaire et sur fond de crise économique, il était prévisible qu’Obama ferait des économies sur son dos.

Politique ensuite, car c’est aussi une manière de marquer la fin de l’ère Bush (et de la transformation américaine) qui misait sur le tout technologique en transformant les moyens en fins. Ce programme a crispé toute l’Europe par les dissensions qu’il y a fait apparaitre, toute en révélant de manière flagrante l’unilatéralisme américain, symbole de toute l’ère Bush.

Diplomatique enfin, car les Etats-Unis ont réorienté une partie de leur priorité sur L’Iran et l’Afghanistan, et pour cela ils ont besoin des Russes. Or l’installation d’un Radar très puissant en Tchéquie et de 10 missiles en Pologne était inacceptable pour les russes. Washington espère donc que cette concession amènera ces derniers à les aider sur les autres fronts. J’espère pour les américains qu’ils ont pris quelques garanties en la matière, car je n’aurais que moyennement confiance dans les autorités russes sur ce sujet.dispositif-du-bouclier-antimissile-americain.jpg

Il était en outre prévisible qu’Obama se détourne de l’Europe. D’abord parce que petit à petit le centre de gravité du monde se tourne vers l’Asie, et qu’ensuite après un certain nombre de concessions, le président américain n’a rien vu venir du coté des Européens, notamment sur les renforts en Afghanistan. A un moment il en a eu marre d’essayer…

Que reste-t-il donc aux européens de l’est farouchement américanophile sur ce dossier. Réponse : rien, que leurs yeux pour pleurer. A l’instar des britanniques sur d’autre sujet, ils ont la superbe démonstration d’avoir été sacrifié sur l’autel des relations américano-russes. Avec Washington, comme d’autres d’ailleurs, seul compte la force et les intérêts. Comme le disait for justement le Général de Gaulle, « un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts »

J’imagine leur dépit, après avoir tenue tête contre une bonne partie de leurs partenaires européens (dont la France et l’Allemagne), ils se retrouvent tout seul. Il est d’ailleurs significatif que ces deux pays aient les gouvernements (surtout les présidents d’ailleurs) les plus anti-européens à l’heure actuelle. On ne peut pas trop les blâmer d’aller vers les Etats-Unis pour recherche une protection militaire que les européens sont incapable de leur offrir.

C’est justement là qu’il y a une opportunité à saisir à mon avis. Il existe deux manières de se comporter envers eux :

  1. La jouer vainqueur, dans le style « on vous l’avait bien dit bande de gros nul que vous alliez vous faire avoir par les américains »
  2. La jouer magnanime « Ok, vous vous êtes trompés, mais maintenant et pour avancer, si on construisait une défense anti-missile européenne ». De ce point de vue nous avons beaucoup de carte à jouer. Une partie des briques technologiques existent déjà ou sont sur le point de sortir comme l’ASMP et son missile Aster. Ce serait là une formidable opportunité pour construire le reste du système, et donner ainsi à nos industriels les moyens de se positionner sur ce marché.

Bien sur, cela coute de l’argent, et pas sur que ces deux pays aient prévu d’en consacré à cela. En même temps cela pourra faire réfléchir les autres américanophile du continent quant à la réalité de la protection américaine.