A-400M.pngCela pourrait être le nom d’un médicament pour donner mal à la tête A-400M ! On a déjà bien écrit sur ce programme, et je ne suis sans doute pas le plus qualifié pour en parler, mais je voulais réagir, certes en retard, à ce que j’ai lu sur le blog de M. Merchet sur le cout du programme et les autres options qu’ils avancent. Il est important de ne jamais fermer son esprit à d’autres solutions, mais il ne faut pas cependant oublier tous les autres aspects du problème.

Grosso modo, et pour résumer grossièrement, le cout de l’A-400M va prendre quelques 5 milliards d’euros dans la vue ce qui va faite grimper la facture de chaque avions d’autant. Au vu du prix d’un C-130J, inférieur même aujourd’hui au prix de départ d’un A-400M, pourquoi ne pas acheter sur étagère plutôt que de se pourrir la vie à les faire nous-mêmes. Surtout que l’argument n’est pas mauvais, en effet la différence est de l’ordre de 4 milliards d’Euros tout de même ! En effet cela paraît logique, hein pourquoi ! Y son con nos politiques, y s’y ont pas pensé, peut-être même que les militaires sont pour alors pourquoi on se casse la tête. Encore une logique d’industrielle franco-européen qui roule pour lui ou un truc comme cela, Il ya peut-être un peu de cela.

Premièrement, outre la question du prix, il a le délai, et autant que j’ai pu le comprendre les chaines du C-130J sont saturé pour encore un moment et dans tout les cas après le retard de livraison des A-400M, et bien au-delà de ce qui serait supportable par nos armées. Donc rien que cela ne rend pas les choses si évidentes. Pour le reste, il y a aussi une logique industrielle. Construire un concurrent du C-130 c’est comme au début d’Airbus un manière d’aller sur un marché ou les américains règnent en maître et ou le marché est demandeur. Le premier A300 a été difficile à construire, mais qui doute aujourd’hui de la pertinence d’Airbus sur le marché mondial et du nécessaire soutien que les états ont constitué au départ de cette aventure.

Dans le cas de l’A-400M on ne parle pas de 4 ou 5 exemplaires comme l’E-3 ou l’E-2 qui ne permette pas d’avoir de solution européenne, mais bien d’au moins 180 appareils sur le marché domestique européen, sans compter l’export. Le marché existe donc bien. Si cela marche et que dans 30 ans airbus est aussi devenu un avionneur militaire dans le domaine des gros porteurs (transport tactiques, stratégique, ravitaillement en vol, patmar, awacs, gunship…), il s’en trouvera beaucoup qui aujourd’hui critique les choix pour dire que c’était une bonne idée. Airbus a déjà un ravitailleur A-330 MRTT en vol, un transporteur tactique avec le CN-235, l’A-400M complètera donc son offre de manière opportune. D’autre part, il ne faut pas oublier que les spécifications entre le C-130J et l’A-400M ne sont pas tout à fait identique. En effet ce dernier va plus loin avec plus de fret que le C-130J, on ne peut pas tout comparer, même si ces deux avions se classent dans la même catégorie.

C-17.pngEnfin, même si cela chagrine certains, l’armée vit dans un monde d’interdépendance. Notamment, dans nos démocraties, son budget est aussi fonction de la vigueur de l’économie. Construire nous même nous coute peut-être plus cher, mais cela nous permet d’avoir plus de latitude dans nos choix, et surtout cela crée des emplois et de la richesse, qui a leur tour retourne sous formes d’impôts et taxes vers l’Etat et lui permette d’alimenter son budget défense. Personnellement, je préfère un avion à 140 millions d’euros dont une partie restera en Europe sous forme d’impôts, d’emplois, et d’investissements, qu’un avion similaire moins cher, mais dont le produit de la vente apportera la même chose à d’autres fussent-ils américains. Pour autant, les déboires de l’A-400M sont sources de problèmes qu’il va bien falloir affronter et des leçons qu’il faudrait tirer. D’abord le trou capacitaire, la location de An-124 est une bonne idée pour le moment, l’achat de CN-235 me semble plus douteuse dans la mesure où les avions ne sont pas du tout du même genre que l’A-400M, je ne vois guère comment il pourrait palier le manque de ces denier. J’aime beaucoup la solution d’un achat de 3 C-17 (comme quoi) car elle aurait deux vertus. La première de palier en partie le trou capacitaire, et la seconde d’offrir un allonge stratégique à l’armée de l’air que les A-400M ne lui donneront pas. Reste le problème du financement de ces solutions, mais aussi du surcoût de l’A-400M en ces temps de disette budgétaire, et là je sèche….

Ensuite la gouvernance, là je ne vois guère de solution, avec autant de partenaire, cela sera toujours le bordel, on peut toujours espérer un mieux, mais dans les fait j’ai bien peur que nos hommes politiques, toujours enclin a prioriser l’intérêt national par rapport à celui de l’Europe ne continue a ne fonctionner qu’en mode crise.

Enfin, ce programme est une bonne démonstration que faire assumer les risques par le seul industriel, ne peut pas fonctionner avec une entreprise de la taille d’EADS. On peut toujours lui faire signer des contrats avec de fortes pénalités et pleins de contraintes, si cela se plante, vous faîte quoi ? Vous réclamer les pénalités astronomiques à EADS ? et lui vous réponds, ok je suis dedans, donc je ferme 5 usines je licencies 10 000 personnes, et là vous faites quoi ? Quand on joue au pocker, il faut savoir bluffer, mais là, votre adversaire sait que vous avez plus à perdre que lui, donc c’est mort. On a cru que l’on pourrait faire porter les responsabilités aux autres, pas de bol ça ne marche pas, il faudra trouver autre chose