bourbier_afghan.pngIl est étonnant de constater comment les situations évoluent en ce monde. Prenez l’Irak, nous somme passé de la campagne victorieuse et foudroyante de 2003 à un bourbier sans nom ou ont péri plus de 3 000 GI’s, des dizaines de milliers d’irakiens et combien d’autres encore. Tant d’hommes tombés, et l’hyper-puissance américaine avec. Et alors que tous le monde promettait une sortie de crise à la vietnamienne, retrait piteux des Etats-Unis de la région, voilà que le « Surge » combiné à un changement de stratégie américaine semble apporter une amélioration que peu de commentateurs imaginaient possible il y a encore un an. Rien n’est gagné, et il convient d’attendre pour voir si cette tendance se confirmera, mais les choses évoluent. Bien sur on n’en serait pas là si les américains n’avaient pas déclenché cette guerre blabla blablabla… je ne discuterais pas ici de ce qu’il aurait fallu faire ou ne pas faire. Nous vivons dans ce monde, qu’il nous plaise ou pas. On peut faire de notre mieux, mais passer son temps à ressasser ce que le passé aurait du être pour que le futur soit meilleur (et encore il faudrait être devin) est plus que stérile.

J’en viens maintenant à l’autre théâtre d’affrontements, j’ai nommé l’Afghanistan ou A-stan comme j’ai pu le lire. Une interview de Gérard Chaliand publié dans Le Monde (http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/07/21/la-victoire-de-l-otan-en-afghanistan-est-impossible_1075405_3216.html) a suscité un grand nombre de réaction dans la blogosphère. Que l’on en juge par la liste des posts suivants que je vous invite à consulter (et auquel j’ajoute le mien :)

En rapportant l’article, certains se sont fait critique, notamment sur le faut que un de nos CDG, selon les Talibans (ndlr Centre De Gravité, pour sa définition je vous renvoi au débat entre O. Kempf, J. Henrotin et F. Duran) serait notre faible propension a accepter les pertes en vies humaines. Outre le fait que je ne pense pas que cette faiblesse soit si grande, je ne pense pas qu’elle soit un CDG. De ce que je vois, la théorie du 0 mort à quand même du plomb dans l'aile depuis le 11/09. Plus de 3000 morts en Irak sont passé par là, et il me semble que les Etats-Unis ont prouvé qu'ils pouvaient "encaisser" cela quand ils estiment que leur sécurité est en cause (quoi que l’on en pense par ailleurs).

François Duran, dans le même esprit bien posé le problème du moment opportun de la négociation. Nous sommes apparemment dans un statuquo ou personne ne semble pouvoir l’emporter. Les Taliban ne peuvent défaire l’OTAN et cette dernière ne peut les éliminer aussi, en tout cas pas avec les moyens dont elle dispose sur le terrain et il semble peu probable qu’elle obtienne ceux qui lui serait nécessaire. Le pessimisme de G. Chaliand est effectivement de mise, ce qui ne signifie pas que tout soit perdu. O. Kempf le dit très justement. La guerre, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est une affaire de VOLONTE, plus de moyens. Nous ne pourront peut-être pas gagner comme on l’entendait durant le second conflit mondial, mais on peut espérer atteindre des objectifs raisonnables comme bloquer le développement de l’islamisme radical, et l’empêcher de faire tomber le Pakistan avec ses bombes nucléaires, car cette données fait aussi partie de l’équation. A partir de là, et en position de force, nous pourrons alors négocier une sortie de ce conflit, encore faudra-t-il trouver des interlocuteurs, ce qui ne sera pas chose facile.

taliban.pngAinsi que je l’ai déjà exprimé, autant je pense que l’Irak fut une erreur, autant je pense que l’Afghanistan est aujourd’hui notre frontière sécuritaire externe. Se battre là-bas nous évitera de nous « battre » sur notre sol (sous forme d’attenta). Ne pas permettre qu’un état ou un non-état en l’occurrence ne serve de refuge et de phare pour tous les djihadistes du monde entier fait aussi parti des buts de guerre de ce conflit. Comment la communauté internationale, et les Etats-Unis en particulier pouvaient répondre aux attentas du 11 septembre ? Ne rien faire était impensable, surtout aux yeux des américains, n’envoyer que quelques missiles de croisière n’aurait servi à rien. Il ne restait donc que l’intervention.

Encore une fois, ce n’est pas forcement qu’un problème militaire, mais c’est plus un problème d’objectifs et donc de politique. Il n’y a pas de volonté politique claire sur ce que l’on veut faire là-bas. L’envoie de troupe et le déversement de montage d’argent dans des mains corrompus serve de politique qui n’en n’a que le nom. Quand nous auront fixés des objectifs, mis les moyens en face, alors nous pourront avancer dans la bonne direction et forcer à négocier « ceux d’en face ». Reste que pour le moment, tout cela n’est qu’un vœu pieu.

On touche là sans doute l’un des points faibles des coalitions de pays. On a plus de moyens, enfin, on peut en mettre moins puisque l’on est plusieurs, mais les décisions sont plus difficiles à prendre, car il faut obtenir un consensus entre les nations participantes. Déjà qu’à l’échelle d’un pays seul, il est difficile d’obtenir une politique claire, on voit ici la confusion que peu entrainer des directions multi-céphale.