on_refait_le_monde.pngJ'écoutais ce soir l'émission "On refait le monde" sur RTL, et l'un des sujets des polémistes était les annonces faites par le président de la République sur les questions de défense. La réaction de l'un des intervenant, je crois que c'est Rodolphe Bosselut, était de dire qu'enfin on prenait acte du positionnement réel de la France sur l'échiquier mondial, sous-entendu, un rôle mineur, en tout cas bien moindre que celui qu'elle s'imagine et tente d'avoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a du vrai là-dedans, mais pas forcement au sens ou l'entendait M. Bosselut, en tout cas de mon point de vue.

Le rôle et la place d'un pays n'est pas nécessairement le résultat d'un classement automatique, genre xième puissance économique, nombre d'habitants ou autres critères quantifiables. Non son rôle et sa place sont essentiellement une question de volonté politique. Nous voulons, pour différentes raisons jouer un rôle dans le monde. Pour défendre des idées, pour promouvoir notre modèle de société, pour protéger, défendre et étendre nos intérêts. Au nom de quoi la France devrait se contenter d'un petit rôle, quand elle peut avoir mieux, de part son histoire, sa culture, ses idées, et ses intérêts. Remarquer que je n'ai pas parler de moyens, car ces moyens nous les avons, nous faisons juste le choix de les utiliser à autre choses, au demeurant très importante comme la protection sociale, l'éducation, la justice, ... C'est donc un choix et non une fatalité, comme on semble le penser. Je ne critique pas forcement ces choix d'ailleurs, car ils sont nécessaire pour la plus grande partie, en revanche je conteste de toutes mes forces l'affirmation selon laquelle la France étant un petit pays, elle doit donc rester à sa place et se recroqueviller sur elle-même, ce qu'est en train de faire le livre blanc.

snle.pngCar enfin, la France dans les années 60 n'était pas plus forte qu'aujourd'hui comparativement aux autres nations, elle s'est pourtant doté de l'arme atomique, ce que peu de pays ont réussi à faire, ce qui lui a permit une indépendance qu'elle n'aurait pas pu avoir sans cette option. Elle a aussi déployé des forces armées crédibles, à sa taille, mais crédible, et une diplomatie présente partout sur le globe pour faire valoir nos intérêts et nos idées. Etait-ce en rapport avec notre poids dans le monde, pas plus qu'aujourd'hui. La seule différence c'est que la volonté et la vision politique existait, là ou aujourd'hui elle tend à disparaitre.

Avoir des forces armées efficientes et suffisamment nombreuses permet une présence planétaire, ce que très peu de pays ont actuellement. Cela permet d'avoir en tout point du globe des hommes et des femmes prêtes à intervenir pour nous défendre (voir l'affaire du Ponant). Un pays comme l'Italie, l'Espagne ou l'Allemagne aurait-il pu en faire autant. Non ! Pas forcement pour une question de moyens, mais pour une question d'ambition. Nous avons une ambition mondiale, certes pas comparable à celle des Etats-Unis, mais beaucoup plus importante que tous nos voisins européens, à l'exception des Britanniques. Cette ambition nous amène à déployer nos forces et notre diplomatie sur toute les mers et continents du globe. Le corolaire de ces déploiements c'est que nous sommes prêts à toute éventualité, et que nous pouvons intervenir rapidement et avec les bons moyens comme nous le souhaitons et quand nous le souhaitons.

arc_de_triomphe.pngAu fur et à mesure du temps, nous avons laisser cette capacité s'effriter, au point qu'elle est très sérieusement menacé. Car en effet, le revers de la médaille, c'est que ce genre d'ambition demande des moyens financiers et humains important que la Nation, ou tout du moins ces dirigeants ne désirent plus donner. Alors on se donne bonne conscience en se disant que ce n'est qu'un juste retour des choses et une manière de se remettre soi-même à sa bonne place. Mais cette place n'est pas naturelle en soi, elle est le résultat d'un choix politique.

Pour finir, j'ajouterais un petit coup de gueule "clin d'oeil à l'émission" 8-) sur une autre intervention (Clara Dupont-Monod) affirmant que l'heure n'était plus au gros format d'armée et que la stratégie comptait plus que le nombre d'hommes. C'est vrai, mais a l'heure ou toutes les nations engagés au combat en Afghanistan ou en Irak font le constat que la technologie ne remplace pas forcement les hommes et que ce dont on manque le plus actuellement ce sont des fantassins, il me semble que cette remarque était malvenue. Quand on ne sait pas de quoi on parle, il vaut mieux ne rien dire. Les réductions d'effectifs, l'armée française les à déjà faite il y a10 ans lors de la suppression du service nationale. Le format actuel était bon (ou tout du moins un bon compromis). Le réduire encore va effectivement finir par nous reléguer au même rang que la Belgique ou la Hollande. Des matériels plus performant ne permettent pas forcement d'avoir plus avec moins. Car tout performant qu'il soit, un équipement ne possède pas le don d'ubiquité. Remplacer 3 aviso A69 avec une FREMM, donne peut-être un résultat positif sur le papier, mais cela ne permet pas à ce nouveau bâtiment d'être en même temps dans l'Atlantique, en Mer Rouge et dans l'Océan Indien, quand bien même son efficacité locale serait plus importante. Il est dommage que certain oublie ces quelques règles de bon sens.