pentagone.pngLes réactions au regroupement des états-majors militaires français et du MinDef en un seul lieu ont été nombreuses. Comme toute décision de ce genre, elle a ses partisans (dont je fais partie) et ses opposants. L’un des arguments opposés est le déplacement des militaires de bâtiments historiques prestigieux. En gros, il est affirmé que à force de diminuer le prestige de la Nation, on fini par convaincre l’homme de la rue que l’Etat est moins important que d’autres acteurs (économiques par exemple), et qu’il est donc moins respectable. C’était le sens de la citation de M.Merchet lorsqu’il dit "Passé un certain seuil, l'abaissement de l'Etat face aux puissances d'argent et d'image peut entraîner celui du quidam. (...) Ses rituels de majesté, c'est aussi notre liberté de citoyen. Quand un ambassadeur de France regagne son poste à Singapour, Rome ou New York en classe éco, tandis que les chefs d'entreprise, directeurs de banque et communicants voyagent dans le même avion en première classe, on peut dire d'avance qui, dans leur pays de résidence, tient le haut du pavé".

Je comprends l’argument, mais je ne pense pas qu’il soit forcement recevable dans ce cas précis. Il est normal que l’Etat Français garde un certain « standing » afin d’en imposer aux autres, cela je le conçois. Mais d’une part, je ne pense pas que cela doive se faire au détriment de son efficacité, hors les locaux de l’hôtel de la Marine ne sont pas du tout adapter à la mission de l’EM actuel. J’en sais quelque chose, j’y ai travaillé pendant mon service national. Un bâtiment moderne, avec des locaux adaptés à l’informatique ne serait pas du luxe. Je me souviens de serveurs qui tombaient régulièrement en panne, car il n’y avait pas de place pour les loger dans des locaux adaptés (électricité, réseau et climatisation). Ensuite d’autre part, je ne vois pas en quoi le fait d’avoir un superbe monument historique comme siège, donne plus de crédit à notre défense nationale. Il me semble que des navires de combats, des avions, des hommes bien formés sont autrement plus crédible qu’un bâtiment en plein cœur de Paris.

Pour compléter ma réponse j’ai envi de répondre aux 4 arguments avancés dans son post du 13 décembre:

"1) Faire des économies ? C'est le but affiché. Mais il va falloir construire un nouveau bâtiment, sans doute de très grande taille. Ce sera cher, d'autant qu'il faudra y installer des sites aussi sensibles que le CPCO (centre de préparation et de commandement des opérations) ou le COFN (centre opérationnel des forces nucléaires) avec tous les réseaux de transmissions sécurisées afférents. Pour financer la construction et le déménagement, il faudra donc vendre le patrimoine historique (Hôtel de la marine, îlot Saint Germain, etc) à des groupes d'investisseurs privés. J'ai dit hier tout le mal que je pensais de cette affaire."
Il est en général tenu pour acquis que les réformes coutent souvent de l’argent à mettre en place et celle-ci ne devrait pas faire exception. Effectivement, la construction d’un grand bâtiment adapté aux besoins militaires et sécurisés coutera de l’argent. Mais en général on investi pour ensuite générer des économies. Les économies attendues sur le long terme sont donc plus importantes que les dépenses pour les financer. Et encore on ne parle que d’argent, et pas de bénéfice opérationnel qui compte aussi dans une telle réforme. Reste effectivement à trouver l’argent pour financer cette réforme, argent, dont le ministère manque. Dans l’article du Figaro, il était fait mention de la vente d’une partie du terrain ou serait construit le futur EM. Rien n’est indiqué sur les sites actuels. Je préférais aussi que ces sites historiques restent dans le giron de l’Etat et en ce sens je rejoins M. Merchet sur ce point.

"2) Améliorer les conditions de travail et l'efficacité ? Force est de constater que de nombreux officiers d'état-major travaillent dans des conditions sommaires. Rue Royale, il n'est pas rare que plusieurs capitaines de vaisseau partagent un bureau étroit, glacial en hiver et surchauffé en été. Peu de choses y ont évolué depuis que Maupassant y avait son ... L'endroit est beau, mais guère confortable. Dans l'armée de terre, de nombreux services s'entassent désormais dans des préfabriqués posés dans la cour de l'Ecole militaire... La bonne idée est sans doute de déconcentrer le maximum de choses (et donc de gens) en province, comme l'a fait l'armée de l'air avec son plan Air 2010. Avec l'idée, simple mais intelligente, de choisir des villes reliées entre elles par le TGV : Bordeaux, Tours, Metz, Lyon et Paris."
On est donc tous d’accord sur le fait que les locaux ne sont pas adapté donc ;-) , mais imaginer les frais de déplacement et le temps perdu si les personnes sont dispersés aux 4 vents. Je travaille dans une entreprise qui pour des raisons historiques et opérationnelles est très dispersé, et bien d’expérience, je peux vous dire que c’est galère. Bien sur il y a la messagerie, le mail, le chat et la visio, mais cela ne remplace jamais tout à fait les « vrai réunions ». Quant on a une infrastructure centralisé, il serait dommage de la décentralisé de la sorte. Les déplacements sont une perte de temps, d’argent, et génère des risques inutile. Alors à part gonfler les comptes de la SNCF, je ne vois pas vraiment l’intérêt.

"3) Montrer qui est le patron ? Et cela a deux niveaux : le ministre de la défense (MinDef) et le chef d'état-major des armées (Cema). En regroupant autour de lui les états-majors et les grands services, le MinDef veut reprendre la main, en particulier vis-à-vis du Cema doté depuis 2005 d'importants pouvoirs. Celui-ci pourrait être tenté de traiter directement avec le président de la République, qui est le chef des Armées. Le Cema entend, lui, transformer les différents chefs d'état-majors (Terre, Air, Mer) en véritables adjoints, éventuellement moins "étoilés" que lui. L'interarmisation serait ainsi poussée jusqu'au bout et les chefs d'état-majors cesseraient d'être les patrons de leurs armées. En regroupant tout le monde dans un même lieu, on espère redistribuer le pouvoir."
Effectivement, je pense que c’est un des objectifs de la réforme, et je suis d’accord avec, donc là encore je n’ai pas de problème. Si on renforce l’interarmisation, on permettra à nos armées d’avoir les mêmes services, mais pour un coût moindre. Je pense que cal va donc dans le bon sens. Quand au sens politique de savoir qui va être le patron, je ne suis pas sur que le regroupement changera fondamentalement la donne des petites guéguerres que se livrent les armées et les services centraux. L’expérience américaine du pentagone montre que le regroupement de tout le monde en un lieu unique n’a pas fait taire les querelles de clocher.

"4) En finir avec les traditions ? Le mythe américain fonctionne à plein. Un Pentagone à Balard, voilà qui fait moderne. Gageons que, dans de nombreuses réunions, la langue de travail sera bientôt l'anglais, au fur et à mesure que la France réintégrera l'Otan."
On sent donc que l'auteur est opposé à la politique actuelle de rapprochement avec l’OTAN, parce qu’a part cela, je ne vois pas vraiment la pertinence de l’argument. Critiquer cette réforme au motif qu’elle serait faite pour copier le modèle américain est aussi idiote que l’encenser parce copiant ce même modèle. Les américains ont sur certains points des choses à nous apprendre, tout comme l’inverse est vrai. Ne faisons pas ce que nous leur reprochons, à savoir ne pas tenir compte des avis et expériences des autres.

Si rassembler tout les EM et le MinDef en un seul lieu est générateur d’économie et de meilleur fonctionnement, ce que je crois à terme, alors faisons le, et cessons de rester ancré dans notre « glorieux » passé, dans de magnifique bâtiment que nous n’avons plus forcement les moyen d’entretenir, pendant que nos forces s’affaiblissent. Allons de l’avant, sans renier notre histoire et nos spécificités, mais sans que celles-ci ne nous freine dans notre avancée.