ltco_froussard.pngAlors je vais y aller moi aussi de mon petit commentaire. J’ai découvert sur Secret Défense, un post sur une audition par le sénat d’un militaire dans le cadre de la rédaction du livre blanc de la défense. L’intervention du lieutenant-colonel (Air) Bruno Foussard, que l’on peut voir dans son intégralité ici est à plusieurs égards remarquables.

Outre le fait que cet homme semble être quelqu’un de brillant, au vu de sa carrière, il a eu aussi le mérite de parler me semble-t-il avec franchise de l’état des forces qu’il a eu sous son commandement tant d’un point de vu matériel qu’humain. J’ai d’ailleurs particulièrement apprécier le passage sur les valeurs qui animent les personnes servant sous les drapeaux, ce qui constitue à mon sens un rappel utile. Je sais que certains trouvent cela désuet, mais cela change des couplets sur les militaires sanguinaires et idiots que l’on peut lire et entendre ici ou là. Une petite remarque cependant. Le lieutenant-colonel Froussard indique que le l’esprit de sacrifice serait une valeur particulière aux militaire, en ce qu’il accepte de donner éventuellement leur vie pour les autres au sens littéral du terme. C’est en partie vrai. Il me semble que cette valeur fait aussi partie de métiers plus civils comme les pompiers ou les forces de police. J’inclurai aussi dans cette liste les personnels de santé qui s’exposent aussi à des risques non négligeable parfois (contamination) pour sauver et porter secours aux autres.

Seconde remarque sur un point de détail, il a indiqué qu’il avait fallu 6 ans pour être formé au pilotage et 2 ans supplémentaire avant d’être réellement « rentable » pour l’armée de l’air. Je suppose qu’il voulait souligner la difficulté à être formé, mais aussi l’investissement que cela demande. Je ne sais pas à partir de quand il comptait ces 6 années (entrée à l’école de l’air ?), mais je remarque juste qu’il faut 5 ans pour former un ingénieur, et 8 ans pour un médecin. Je ne pense donc pas qu’au vu de la haute technicité du métier de pilote de chasse, le temps de formation et donc de « non rentabilité » soit beaucoup plus élevé que dans d’autres professions très spécialisés.

Ceci étant dit, j’ai beaucoup apprécié son intervention. Elle a le mérite d’être claire, exprimé calmement, mais elle donne surtout un aperçut de l’ampleur du problème. En gros, « on est en train de décrocher », et que nous n’avons plus les moyens de nos ambitions. Donc pour moi la conséquence, c’est que soit on diminue nos ambitions, soit on augmente nos moyens. Cela fait très binaire, mais se masquer al réalité en faisant des circonvolutions serait retombé dans les errements que nous avons connu ces 20 dernières années. On peut toujours améliorer les choses, rationaliser, économiser et restructurer, mais même avec cela il est douteux que l’on dégage la marge nécessaire pour maintenir nos missions. D’autant plus, et cela était souligné par le lieutenant-colonel Froussard, que l’armée a subi beaucoup de réorganisation, et qu’elle aspire à un peu de stabilité. Il serait sans doute tant d’arrêter de la restructurer pour dégager des moyens que la nation ne veut pas lui accorder, tout en se servant du budget de la défense comme d’une variable d’ajustement. Il est vrai qu’un effort a été consenti ces dernières années, mais le retard à rattraper était et est toujours important.

Ce qui était frappant aussi, c’était cette vérité énoncé, que nos militaires mesurent aussi la reconnaissance du pays de leur travail et de leur sacrifice à l’aune des moyens que la nation accorde à sa défense, et je ne parle pas des soldes. Il est assez frappant de voir que déployer 6 avions de chasse en Afghanistan nous pose un problème, ou tout du moins se fait sentir, alors que d’autres nations, et sans parler des Etats-Unis en déploient beaucoup plus. Apparemment on a été capable d’en envoyer 80 au Kosovo en 1999 et 8 ans plus tard on rame pour 6. Le temps où l'on ne pourra plus rien faire n’est sans doute plus loin. Et encore, il semble que l’on reste poli avec nous, car on ne nous sortira pas d’une coalition, on nous dira juste qu’il n’est pas possible de travailler avec nous. De quoi sauver la face de nos politiques, tout en nous marginalisant sur la scène mondiale.

Comme je l’ai lu sur les commentaires du post sur Secret Défense : « Nos dirigeants fonctionnent comme des beaufs dont la maison tombe en ruine mais qui s'achètent un écran plat de 1,30m pour regarder la télé. »