defile_militaire.pngCette année, et sans doute les suivantes, vont être budgétairement douloureuses pour les armées françaises. Dors et déjà, on sait que l’on ne pourra pas maintenir tous les programmes avec la loi de programmation actuelle. Etant donné que le budget doit se maintenir « autour » des 2% du PIB (aujourd’hui 1,92%, mais 0,01% cela fait quand même presque 180 Millions d’€ !) il va donc falloir faire des sacrifices, à défaut de vouloir augmenter le budget. La défense prend déjà plus que sa part dans les non remplacement de fonctionnaires, (26 % des réduction, alors qu’elle ne représente que 15% des effectifs), en plus de cela il a de nombreuses pistes à explorer. Il est vrai que 50 systèmes informatiques de gestion et 7 directions RH donnent encore des marges de progression significative. Aujourd’hui on apprend que plus de 50 sites militaires devraient être fermé . Pourquoi pas, je suis plutôt pour. Ce serait sans doute salutaire que l’organisation et les moyens alloués à nos forces armées le soient en fonction des missions qui lui sont confiés. Et par missions j’entends la défense du territoire national et de nos intérêts dans le monde. Alors oui, si une base ne sert à rien, et qu’elle est plus utile ailleurs, il vaut mieux s’en séparer. Le monde a changé, les missions aussi. La taille de nos forces à diminuer, il ne sert donc à rien de garder des enceintes inutiles au simple prétexte qu’elles servent de poumon économique d’une région. L’armée n’a pas dans sa mission la défense de l’économie locale. J’ai conscience de ne pas forcément être très populaire en disant cela, et ce d’autant plus que ma région pourrait bien être touché par ces fermetures. Mais il faut être cohérent avec soi-même. On ne peut pas appeler à une plus grande rationalisation des moyens militaires et conserver des sites inadéquats.

Le lien armée-nation
Pour autant, j’aimerais apporter une petite nuance à mon propos. Si le ministre de la défense M. Hervé Morin dit « J’ai entendu à plusieurs reprises le président de la République dire que le ministère de la Défense n’était pas chargé de faire de l’aménagement du territoire » ce qui à mon avis est vrai, la raréfaction de nos implantation militaire ne risque-t-elle pas de diminuer le lien armée-nation déjà très fragile dans notre pays ? Je m’explique. J’étais pour la professionnalisation de nos armées, parce que je considérais que c’était le gage d’une meilleure efficacité pour nos forces. Dans le même esprit j’ai toujours réfuté les arguments des pro-conscriptions affirmant que le service militaire favorisait la mixité sociale et occupait les jeunes, les empêchant d’être au chômage. Je le répète ce n’est pas et ne doit pas être une des missions de nos armées. Ce sont des soldats, pas des enseignant, ni des assistantes sociales. En revanche le service avait au moins l’avantage de faire découvrir à un certain nombre l’univers militaire, ces missions et ses valeurs. En ce sens, il participait au lien qu’entretient l’armée avec la nation.

La réserve
Le plus dommage avec cette réforme, c’est qu’elle ne s’est pas préoccupé de mettre réellement en place une réserve qui est nécessaire tant d’un point de vue opérationnel que du lien que l’armée doit entretenir avec le pays. Il est assez significatif de voir que les deux pays qui sont les plus emblématiques de la professionnalisation des armées, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, ont des structures permettant de conserver le lien entre elle et leur population. Ainsi en Grande-Bretagne, de nombreux régiments sont régionaux. Ils sont basés dans un bassin de population d’où ils tirent une majorité de leurs effectifs (Gallois, Ecossais etc..). Bien sur ce n’est pas le cas de tous, mais cela créer une cohésion au sein de l’unité, et cela participe du lien que l’armée peut entretenir avec le pays. Dans le même esprit aux Etats-Unis, la Garde Nationale est par définition stationné dans son état et avec des hommes et des femmes qui y résident. Outre sa fonction de réserve pour l’armée des Etats-Unis (US Army ou US Air Force), elle permet aussi à l’institution militaire d’être beaucoup plus en contact avec les citoyens américains que ne peut l’être l’armée française. Je ne pense pas qu’il faille forcement reprendre le même modèle « régional » en France. Chaque pays et chaque institution militaire a forgée sa propre histoire. Elle lui est spécifique et fait sa force. Néanmoins, il me semble qu’a l’heure ou une certaine remise à plat va se faire, il est nécessaire de s’intéresser à la place de la réserve dans notre pays. Elle pourrait être le chaînon manquant entre l’armée et les citoyens, tout en apportant une certaine souplesse dans la gestion humaine des régiments. Mais pour cela il faudrait encore une volonté politique, et peut-être aussi une envie des militaires eux-mêmes. Je ne suis pas vraiment sur en effet que ces derniers ne voient pas d’un mauvais œil ces militaires du dimanche comme on les appelle parfois. On pourra toujours leur opposer que la Garde Nationale américaine ne démérite pas en Irak ou en Afghanistan. Elle apporte plus que son lot dans ces deux conflits, et ce pays aurait été totalement incapable de les entreprendre sans elle. Bien qu’aujourd’hui l’Oncle Sam éprouve de grandes difficultés a recruter et à conserver ces soldats, il y a fort à parier que ce n’est que temporaire et qu’une fois les conflits soldés (probablement par un piteux retrait, mais c’est une autre histoire), la Garde Nationale retrouvera l’engouement qu’elle suscitai auparavant.

Alors espérons que la rédaction du futur livre blanc pendra en considération la réserve opérationnelle, en lui donnant des missions et surtout de moyens.