vatican.pngLes vacances ont cela de bon que l'on a le temps de lire. J'en ai donc profité et je me dis qu'il est juste à mon retour de vous faire un ou deux petits commentaires sur certaines de mes lectures

"Les espions du Vatican" de David Alvarez, m'ont plongé dans les intrigues vaticanes de la fin des guerres napoléonienne à la fin de la seconde guerre mondiale. En fait en ouvrant ce livre je cherchais des réponses et j’avais quelques peurs. Pour les peurs c’était de tomber soit sur un auteur anti-clérical et donc pas forcément impartial, ou bien au contraire, d’avoir un espèce de plaidoyer de la politique du Vatican durant cette période. Rien de tout cela, David Alvarez est un universitaire respecté dans son domaine, et il nous lire ici un travail rigoureux d’historien, assez factuel et sans parti pris. Un très bon début 8-)

Pour ce qui est de la réponse, c’est justement l’objet du livre ;-) Mais commençons par ma question : Le Vatican possède-t-il le meilleur service d’espionnage au monde comme le dit la rumeur et comme le dise certain roman d’espionnage (voir à ce sujet l’Ours et le Dragon de Tom Clancy) ?

A première vue en effet, on peut se dire que les catholiques étant disséminés partout dans le monde, ils font donc un parfait relais d’information en tout genre vers le Vatican. D’autres part, on peut aussi penser que les ressources financières du Vatican permettent d’entretenir un vaste réseau de renseignements. Et bien en fait non, absolument pas. Avec rigueur, l’auteur démontre tout le long de son livre que ces idées reposent sur des préjugés largement répandu il est vrai mais complètement faux.

Tout d’abord, depuis la perte des états pontificaux, lors de l’unification italienne en 1870, le Vatican a perdu quasiment tout ces moyens financier et n’est donc pas le richissime état que tout le monde croit. Certes, il possède un patrimoine immobilier important, mais rien qui rapporte. C’est comme nos monuments, ils ne valent que si on les vend. Or le si Vatican ne peut pas vendre la Chapelle Sixtine par exemple, elle lui coûte cher en entretient. Ce constat assez simple permet de fixer les idées. Non le Vatican n’est pas riche (au sens matériel du terme en tout cas), mais il possède un patrimoine important qui lui coûte. Et encore, bien des gens pense que les églises en France lui appartiennent, alors qu’en grande majorité elles ont été nationalisées après la révolution. Heureusement pour elle, car nul ne sait comment elles seraient entretenue aujourd’hui !

En plus de cette absence de richesse, David Alavrez nous rappelle de façon détournée le triptyque indispensable d’un bon service de renseignements :

  • Collecter
  • Transmettre
  • Analyser

Le problème pour le Vatican, c’est que les 3 domaines lui font défaut

Collecter :

Pour tordre une autre idée reçue, qui a néanmoins habité les dictateurs paranoïdes comme Staline, Mussolini et Hitler, Non un espion du Vatican ne se cache pas derrière chaque catholique. En réalité, la plus part des gens font une nette distinction entre leur foi, qui est du domaine privée et leur devoir envers leur patrie. Bien sur certaines exception ont existée, mais elles ont été extrêmement rare, limité à certaines questions dont l’impact moral dépassait l’entendement et touchait au plus profond l’humanité des hommes comme la Shoah. Non seulement les catholiques ne sont pas des espions du Vatican, mais en plus la diplomatie vaticane, représenté par les nonces apostoliques est peu au fait du monde du renseignement. Ils transmettaient donc plus volontiers des informations à caractères religieuses, ou sans grand intérêt pour un état en tant que tel. Il n’y a pas eu, sauf pendant les états pontificaux, de service de renseignement à proprement parler au Vatican.

Transmettre :

On touche là le cœur du problème. Pour qu’un service de renseignements soit efficace, il doit pouvoir transmettre rapidement et en toute confidentialité les renseignements qu’il collecte. Hors là encore, autant par faute de moyens que par manque de volonté, rien n’existait. Pas ou peu de service de courrier diplomatique. Les liaisons télégraphique, postale et téléphonique passaient forcement par les services italiens, donc aucune confidentialité. Pas de radio non plus jusqu’en 1931 (Création de Radio Vatican), et même à cette époque, les italiens avaient leur centre d’interception juste en face de l’émetteur du Vatican, donc zéro discrétion. Durant les conflits mondiaux, l’obligation de passer à travers l’Italie pour les liaisons empêchait toute discrétion. Quand bien même, ils auraient eu les transmissions, la gestion du codage était calamiteuse, et la plus part des chiffres du Vatican étaient lue par les italiens (au minimum). Seul un ou deux codes ont résisté, mais ils était peu diffusé par manque de courriers diplomatiques, et mal utilisé.

Analyser :

Là encore, les faible moyen du Vatican ne permettait pas d’affecter les personnes suffisantes pour le traitements des renseignements reçus. Un service diplomatique d’une trentaine de personne, là ou la Norvège en avait 140. Et sur ce nombre 1 ou 2 chiffreurs et une ou deux personnes pour l’analyse des informations, mais pas à plein temps.

Comme on peut le voir, le mythe s’écroule, le Vatican n’est pas la CIA ou le KGB. Il n’a, en général, été averti de certain évènement (invasion de la France en mai 40, Shoah, …) qu’en même temps, voir après les autres états. En revanche il a été espionné, particulièrement par les dictateurs, qui eux étaient persuadés du pouvoir qu’était sensé avoir le Vatican. Il faut néanmoins reconnaître que la plupart de ces efforts ont été vains. Jamais ils n’ont réussi a pénétré en profondeur et durablement le Vatican. La structure, la communauté d’idée qu’elle représente, la loyauté des ecclésiastiques et le mode de fonctionnement de cet état était en réalité le meilleur rempart vis-à-vis de l’extérieur.

Ce livre est très bien fait, on y rentre un peu difficilement avec la partie sur les états pontificaux, mais le plaisir et l’intérêt grandi avec les pages (ou bien est-ce l’inclinaison naturelle de votre serviteur ;) ). A lire si le sujet vous intéresse …